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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 12:49

Reportage réalisé lors du dépôt des dossiers au Défenseur Des Droits (anciennement la Halde)

A écouter ici:

 

reportage arte radio juin 2010

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 20:06

 
Intermittentes enceintes : Le congé maternité est de congé
 
Mercredi 9 juin, des intermittentes du spectacle et de l'audiovisuel ont manifesté devant le siège de la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, pour protester contre la discrimination dont elles sont victimes quand elles sont enceintes. Regroupées dans le collectif les Matermittentes, elles dénoncent le fait que la Caisse d'assurance maladie refuse à nombre d'entre elles l'indemnisation de leur congé maternité parce qu'elles ne remplissent pas les conditions exigées, à savoir avoir travaillé 200 heures en trois mois avant le début de la grossesse ou de leur congé prénatal, ou avoir cumulé 800 heures de travail au cours des douze mois précédant le début de la grossesse.
 
De plus les Matermittentes dénoncent le fait qu'après un congé maternité non indemnisé, Pôle emploi peut radier la jeune mère en ne prenant pas en compte le congé dans la réouverture des droits à l'assurance chômage. Et c'est donc au moment où elle en aura le plus besoin, ayant désormais un enfant à sa charge, que celle-ci ne touchera pas d'indemnités chômage.
 
Enfin les Matermittentes dénoncent le fait que, même si elles sont indemnisées pendant leur grossesse, quand elles s'inscrivent à Pôle emploi leur indemnisation peut être très inférieure - parfois de moitié - à celle dont elles bénéficiaient avant leur congé maternité.
 
De fait, certaines intermittentes préfèrent ne pas déclarer leur grossesse plutôt que de se retrouver sans ressources, de prendre le risque d'être radiées de Pôle emploi ou de toucher des indemnités ridicules.
 
En mars dernier le sujet avait été discuté au Parlement, pour que les femmes travaillant en intermittence mais aussi, au-delà, toutes celles qui travaillent en CDD, et pas seulement dans le spectacle ou l'audiovisuel, puissent bénéficier des congés maternité. Nadine Morano avait alors déclaré que ce n'était pas nécessaire. Il paraît pourtant qu'elle est secrétaire d'État à la Famille.
 
Cédric DUVAL

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 10:34

 UN BÉBÉ OU UNE INDEMNITÉ: LE CHOIX DES INTERMITTENTES

par Julie Verdier


Etre mère et intermittente, deux réalités souvent inconciliables pour de nombreuses intermittentes qui dans les coulisses, peinent à obtenir leurs indemnités d’arrêt maladie et de congé maternité. Un collectif, les Matermittentes, a saisi la Halde, mercredi 9 juin, pour faire cesser les discriminations qu'elles estiment subir.


« Halde à la reproduction des intermittentes ». Sur les panneaux brandis par les mères intermittentes rassemblées devant le siège de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), le ton est donné. « Il faut faire remonter à la surface les problèmes liés au congé maternité. On espère que la Halde va statuer sur cette situation » explique Marie, membre des Matermittentes, collectif de mères intermittentes et militantes.

Statuer sur une situation de précarité. Une situation qui frappe de nombreuses intermittentes du spectacle (1), auxquelles la CPAM refuse l’indemnisation du congé maternité ou arrêt maladie pendant la grossesse. Raison invoquée : elles ne remplissent pas les conditions exigées. A savoir le nombre d’heures imposées, soit 200 heures en 3 mois avant le début de leur grossesse ou de leur congé prénatal. « Mais 3 mois civils. Mon départ en congé maternité a été fixé le 20 mars, et mon cachet du mois de mars n’a pas été pris en compte » souligne Amandine, membre du collectif des Matermittentes.
Condition alternative : cumuler 800 heures au cours des 12 mois précédant le début de la grossesse. « I
l est difficile d’atteindre les 800 heures demandées. Car il faudrait comptabiliser 700 heures en 10 mois. Nous sommes soumises à des règles draconiennes inadaptées aux irrégularités de notre profession » ajoute-t-elle.
D’autant que l’année qui précède un accouchement est une année difficile pour les intermittentes comme les danseuses ou les comédiennes, leur corps étant leur outil de travail. Entre un statut précaire et des exigences identiques à celle d'une personne en CDI, les intermittentes s'estiment enfermées dans un piège juridique.

 

Engrenage

Et, double peine, ce refus d'indemnisation peut s'accompagner d'une radiation de Pôle Emploi. Car la loi impose une interdiction de travail pendant une période de 8 semaines avant et/ou après l’accouchement. Et l’engrenage infernal s’enclenche. « Si une intermittente n’a pas été indemnisée durant son congé maternité, Pôle Emploi refuse par la suite de lui verser le chômage. Elle perd alors son statut » ajoute Marie. Des jeunes mères se retrouvent ainsi sans travail, ni allocations.
Mais encore, si une mère intermittente décroche une ouverture des droits à Pôle Emploi durant son congé maternité, son taux journalier d’indemnisation est réduit. A l’instar de Jeanne, comédienne. «
Lors du calcul de mes droits, mon taux d’indemnisation a été diminué de moitié. J’ai fait une réclamation. Et après de longues semaines d’attente, on a supprimé mes droits en prétextant une erreur administrative ».
Elle poursuit : «
Etant syndiquée auprès de la CGT du spectacle, j’ai pu avoir toutes les informations nécessaires pour me défendre et exiger mes allocations, pour lesquelles j’ai travaillé ».
Le manque d’informations, le non suivi des dossiers, les interminables semaines d’attente ont parfois raison des salariées. «
Si je n’avais pas eu ces informations en amont pour me préparer, j’aurais fait une dépression » conclut Jeanne.


Double discrimination

Cette trappe juridique et administrative ne piège pas seulement les intermittentes du spectacle. Toutes les femmes exerçant un emploi discontinu – CDD de tous secteurs – peuvent en être victimes. « Nous recevons de nombreux témoignages de vacataires venant de tous les domaines, par exemple celui d’une ancienne attachée parlementaire » souligne Marie.
Le congé paternité des intermittents se heurte aux mêmes exigences. Mais «
les femmes doivent faire face à une double discrimination. Car la question du lien entre la maternité et les activités professionnelles n’est toujours pas réglée » avance Delphine Beauvois, membre du Parti de Gauche.

En marge de sa proposition de loi sur la modernisation du congé maternité, rejetée par les députés en mars dernier, la députée PS Danielle Bousquet demandait la rédaction d'un rapport sur les conditions d’indemnisation du congé de maternité des femmes qui travaillent par intermittence. Cela n'est « pas nécessaire », a jugé la secrétaire d'Etat à la famille, Nadine Morano.
Les Matermittentes ont lancé une pétition et déposé 27 dossiers à la Halde, qui leur a annoncé un traitement des dossiers individuels et de la situation générale dans les 4 à 6 mois.




(1) Le statut d'intermittent implique une succession de contrats à durée déterminée via un ou plusieurs employeurs, alternant avec des périodes d’inactivité. Il doit justifier de 507 heures de travail dans les 10 mois (pour les techniciens) ou 10 mois et demi (pour les artistes).



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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 20:53

 

« matermittentes » sans indems

Certaines intermittentes préfèrent ne pas déclarer leur grossesse.Certaines intermittentes préfèrent ne pas déclarer leur grossesse

Des mères intermittentes du spectacle qui n'ont pas les mêmes droits que les autres lors de leurs congés maternité. C'est ce que dénonce le Collectif des matermittentes, qui a saisi récemment la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, en déposant vingt-sept dossiers. Pour ces « matermittentes », l'inégalité de traitement se fait notamment par l'accès aux indemnités de congés maternité. Sophie*, intermittente depuis six ans, a accouché en août 2009. Elle est actuellement sans revenus et n'a plus de statut depuis huit mois. « Après mon accouchement, j'ai appris par la Sécurité sociale que je ne pouvais pas être indemnisée, car les 450 heures travaillées pendant ma grossesse n'avaient pas été faites dans les périodes fixées par la CPAM pour calculer mes droits. »
Théoriquement, pour être indemnisée, Sophie aurait dû faire ses heures dans les trois mois avant sa grossesse, ou trois mois avant son congé maternité. Ou encore, 520 heures dans les dix derniers mois. « Nous faisons du cas par cas », explique l'Assurance-maladie. Alexandra*, elle, a fait les frais de ce flou : « J'ai travaillé 520 heures sur les dix derniers mois, mais seulement deux jours dans les trois mois qui ont précédé ma grossesse. La CPAM n'a pris en compte que cette dernière période. » Beaucoup de mères préfèrent donc ne pas déclarer leur grossesse pour continuer à percevoir leurs indemnités chômage plutôt que de risquer de jouer à la roulette russe avec la CPAM.

Julie Fioretti
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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 22:28

Cultures 

« Quand enfanter se joue 
à la roulette russe »

Les «  Matermittentes  » 
se battent pour ne plus être discriminées et obtenir un réel droit 
au congé maternité. « Mères, intermittentes et militantes ».

Réunies au sein d’un collectif, les Matermittentes, une cinquantaine de femmes luttent pour faire valoir leurs droits au congé maternité. Hier, elles se sont rassemblées devant le siège de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité, où elles ont déposé une trentaine de dossiers de plaintes. Point de départ de leur combat, un constat. «En discutant entre nous, il y a un an, nous nous sommes rendu compte que nous étions nombreuses à avoir les vivres coupés au moment de partir en congé. Jusqu’à cinq mois sans rien percevoir pour certaines d’entre nous, explique Amandine. Ensemble, nous voulons donc dénoncer le traitement discriminatoire exercé par la Caisse primaire d’assurance maladie et l’assurance chômage vis-à-vis des femmes exerçant un emploi discontinu.» En effet, la CPAM refuse de prendre en compte la particularité de leur statut. Ainsi, la Caisse exige d’elles les mêmes conditions que les femmes en contrat à durée indéterminée. Confrontées à un vide juridique, ces jeunes mères peuvent dès lors se trouver exclues de cette prestation sociale. «Bien que je travaille depuis plus de dix ans », atteste une militante du collectif.

Pis, en cas de refus de la CPAM d’indemniser ces «matermittentes», elles risquent la radiation de Pôle emploi,«et ne peuvent alors bénéficier d’aucun minimum social», s’insurge Amandine. «Ce n’est heureusement pas mon cas. Je ne suis pas la plus à plaindre. J’ai réussi à obtenir mes indemnités, mais elles étaient franchement ridicules», témoigne Juliette. Pour elle, le problème est ailleurs  : «C’est un véritable parcours du combattant. Il y a un manque cruel de transparence. Chacun se renvoie la balle. D’une fille à l’autre, les montants d’indemnisation diffèrent et on nous refuse le droit de connaître les modes de calcul. » Son inquiétude  : la fin de son congé maternité. « e ne sais pas si je serai en mesure de prétendre aux Assedic».

Dans une pétition déjà signée par la plupart des partis de gauche, dont le PCF et le PG, le collectif dénonce «un double préjudice» : «Dans le cas où, malgré le parcours du combattant que la réglementation lui impose, une mère salariée intermittente ouvre des droits auprès de Pôle emploi, à l’issue d’un congé maternité indemnisé, son indemnisation est très inférieure à celle dont elle bénéficiait avant son congé maternité. Ce qui revient à dire que la maternité fait baisser le revenu des femmes salariées à emploi discontinu.» Devant pareille situation, Jean-Jacques M’U, venu apporter son soutien, fulmine : «C’est révoltant. Ce pays marche sur la tête. Nos dirigeants se vantent de la culture française mais bafoue les droits des intermittents.»

Lionel Deccotignies

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 22:01

 Les matermittentes reçues par la Halde

mis en ligne jeudi 10 juin 2010 par Ludo

 

Une quarantaine de matermittentes s’est retrouvée dans la matinée d’hier (9 juin) devant le siège de la Halde à Paris. A 11h, une délégation du collectif de mères intermittentes a été reçue par la néo-présidente de la Halde, Jeannette Bougrab.


L’objectif de ces mères de famille intermittentes du spectacle et militantes ? Dénoncer, l’injustice faite aux femmes de leur statut : celle de travailler, mais, de ne pas avoir le droit à être indemnisée comme toutes les autres mères salariées durant leur congé maternité, mais également durant les arrêts maladie. Pour ce faire, elles ont choisi, entre autres, de saisir la Halde pour discrimination.


La délégation a donc remis à Jeannette Bougrad une quarantaine de dossiers présentant autant de cas de femmes ayant subi ce type de discrimination, s’en est suivi une discussion.


La rencontre conclue, une des matermittentes a confirmé la réception de la requête par la Halde et s’est dite optimiste sur son issue.


ludo, HNS-info


Regarder les illustrations sur http://www.hns-info.net/spip.php?article24018

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 09:30

Mères intermittentes du spectacle : des mamans comme les autres

Par Mila Muriel Rivault

 

Regroupées au sein du collectif Les Matermittentes, elles se battent pour obtenir les droits sociaux dont elles sont privées.

Hospitalisée pendant un mois alors qu’elle était enceinte de six mois et demi, Solène *, intermittente du spectacle, a cessé de toucher des allocations chômage, se retrouvant de fait en arrêt maladie. Mais voilà, deux mois après la naissance prématurée de son fils, la sécurité sociale l’a informée qu’elle ne toucherait d’indemnités ni pour son arrêt maladie, ni pour son congé maternité. La raison ? La jeune femme aurait travaillé deux jours de trop au regard de la sécurité sociale. Privée de revenus pendant cinq mois, Solène se serait retrouvée à la rue sans l’appui de sa famille. « Une violence sociale assez incroyable ! » se plaint aujourd’hui la jeune femme qui témoigne.

Un classique chez les intermittentes du spectacle

Solène n’est pas la seule à subir les fâcheuses conséquences d’une administration à plusieurs vitesses. « Comme je savais que la loi était très stricte avec les intermittentes, explique Virginie *, j’ai multiplié les heures de travail avant la naissance de mon enfant ». Mais au bout du compte, la sécurité sociale refuse de la payer pendant son congé grossesse. Au guichet de la CNAM, elle s’entend dire : « Désolée vous ne serez pas payée, mais vous avez bien un mari ! » Ce jour-là, Virginie se sent vraiment une citoyenne de deuxième zone : « J’ai vécu ce que j’appelle une double peine. Non seulement, en devenant mère, je n’ai reçu aucune allocation de congé maternité. Mais en plus, j’ai perdu mon intermittence du spectacle, car je n’avais plus assez cotisé après mon congé maternité ! »

Les couacs d’une administration injuste et mal gérée

Pire qu’une administration injuste, il y a aussi celle qui est mal gérée. Et ici, Pôle Emploi semble remporter la palme d’or ces derniers temps. Charlotte, comédienne, s’est retrouvée elle aussi en 2009 dans une situation difficile. A la suite de son congé maternité, Pôle Emploi lui coupe les vivres du jour au lendemain sans la prévenir, sous prétexte d’un trop perçu dû à un bug informatique. Résultat, la jeune mère, qui doit continuer à payer son loyer et sa nounou, se retrouve non seulement sans revenu, mais en plus endettée auprès de l’administration.

Elles seraient 700 mères intermittentes en France à devoir entre 200 et 7 000 euros à Pôle Emploi suite à leur congé maternité.

A terme, cette erreur informatique risque de leur coûter également un redressement des impôts, ainsi qu’un trop perçu à rembourser des allocations familiales calculées toujours un an en décalage des revenus reçus dans l’année.

Regroupées au sein des Matermittentes

Voilà pourquoi, Solène*, Charlotte*, Sophie* et bien d’autres encore, se sont regroupées, il y a quelques semaines au sein du collectif  Les Matermittentes. L’objectif de ces mères de famille intermittentes du spectacle et militantes ? Dénoncer, l’injustice faite aux femmes de leur statut : celle de travailler, mais, de ne pas avoir le droit à être indemnisée comme toutes les autres mères salariées durant leur congé maternité, mais également durant les arrêts maladie.

Elles saisissent la Halde

Pour obtenir une remise de leur dette, certaines de ces femmes ont occupé à plusieurs reprises des antennes de Pôle emploi. Les réponses qu’elles obtiennent de l’administration se font au cas par cas. « Une chose est sûre, explique Marlène*, à qui Pôle emploi a réclamé la somme de 6 000 euros, c’est que nous devons rembourser. Par contre, l’administration n’a pas le droit de nous retirer tous nos revenus d’un coup. Certaines filles se sont retrouvées vraiment à cause de cela dans des situations dramatiques ». Mais grâce aux Matermittentes, Sophie *, Solène *, Virginie * et bien d’autres n’ont pas dit leur dernier mot. Les Matermittentes, avec l’aide de la Coordination des intermittents et des précaires d’Ile de France, a entamé une démarche pour saisir la Halde le 9 juin prochain. Affaire à suivre.

* les prénoms ont été changés

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:46

 

Benoît Genuini, ancien médiateur de Pôle Emploi, a été l'un de nos "interlocuteurs" durant le combat des "recalculées" suite à des congés maternités : il a mis certes en place une instruction demandant 650€ de remises soient accordées aux personnes concernées (mais cette instruction n'était pas appliquée dans la plupart des Pôles Emplois), mais n'a rien réussi à obtenir de plus et nous a souvent "menées en bateau" dans les diffétentes étapes de discussion, promettant des réglements de situation qui ne voyaient jamais le jour, esquivant la plupart du temps le fond du problème, se retranchant derrière des discours lénifiants et bien-pensants, sans jamais remettre en cause le fonctionnement problématique....

Nous avions même renoncé à nous adresser à lui, la fonction de médiateur nous paraissant superfetatoire.

Aujourd'hui, c'est lui qui démissionne de Pôle Emploi et témoigne des dysfonctionnements.

 

 

 

Benoît Génuini : "Pôle emploi laisse ses agents dans une relation difficile de face-à-face avec les chômeurs"

         
 

Benoît Genuini, 57 ans, a été pendant seize mois médiateur de Pôle emploi et chargé, à ce titre, d'améliorer la relation entre le service public de l'emploi et les chômeurs. Il vient de démissionner de cette fonction créée dans une institution soumise à un double stress, celui lié à la forte hausse du chômage et celui né de la fusion de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), publique, et des Assedic privées. Polytechnicien, M. Genuini a passé trente ans dans le conseil, dont dix comme président d'Accenture (1995-2005). Il a travaillé avec Martin Hirsch à l'Agence nouvelle des solidarités actives avant d'être nommé médiateur de Pôle emploi. Il explique au Monde les raisons qui l'ont conduit à démissionner. "Bien que venant du privé, je suis un amoureux du service public, désolé de voir qu'il ne fonctionne pas mieux et ne soit pas davantage soucieux de sa qualité de service", résume-t-il.

A quoi sert le médiateur de Pôle emploi ?

Aux termes de la loi du 1er août 2008, relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d'emploi, le médiateur national reçoit et traite les réclamations individuelles relatives au fonctionnement du service public de l'emploi. Placé auprès du directeur général, il coordonne l'activité des médiateurs régionaux et remet chaque année un rapport formulant des propositions visant à améliorer le service rendu aux usagers, c'est-à-dire pour l'essentiel aux chômeurs. Au sein du service public de l'emploi, cette fonction nouvelle a été créée dans la perspective de la fusion de l'ANPE et des Assedic, le Grenelle de l'insertion ayant montré que les personnes en difficulté ont du mal à se faire représenter et à être écoutées.

A la fin de l'année 2008, j'ai été contacté par Christian Charpy, qui était alors directeur général de l'ANPE, pour prendre la fonction. Améliorer la qualité du service rendu aux chômeurs dans un grand service public, mais assez unanimement critiqué, cela me paraissait un défi intéressant.

Dans votre rapport d'activité, vous relatez une soixantaine d'histoires vraies, celles de personnes qui ne comprennent pas pourquoi on leur refuse une allocation ou une formation et qui se débattent dans un système souvent bureaucratique. Quel diagnostic portez-vous sur le service public de l'emploi ?

Pôle emploi est une énorme machine à qui l'on demande de traiter de façon efficace et rapide une majorité de cas. Nécessité faisant loi, il fait du traitement de masse. Et, dans bien des cas, cela marche. On arrive à rentrer la plupart des demandeurs d'emploi dans les cases du règlement. Mais il y a aussi des personnes qui se trouvent dans des situations plus compliquées et qui auraient besoin d'un peu plus d'écoute. Et, dans ce cas, le système continue d'avancer tout seul, sans respect des situations humaines particulières.

Bien sûr, on peut m'opposer que je n'avais connaissance que de mille dossiers par mois. C'est vrai, mais j'étais bien placé pour savoir que Pôle emploi donne très peu d'explications, prend rarement la peine de justifier ses décisions, ce qui accroît le sentiment d'arbitraire, d'injustice, fréquent chez les chômeurs, et peut déclencher des réactions de colère.

Comment expliquez-vous cette situation ?

Pôle emploi ne dit pas assez à ses conseillers pourquoi ils sont là et quels sont leurs objectifs qualitatifs. Il leur demande de l'efficacité et de la rapidité, jamais de prendre un certain recul face à l'application très stricte du règlement ni de prendre le temps d'approfondir la situation particulière d'une personne. Les conseillers, qui abattent un travail considérable, n'ont aucune marge de manoeuvre et ils sont très frustrés de voir la qualité de service se dégrader.

Pôle emploi pourrait fonctionner mieux si son management s'ouvrait davantage à l'extérieur, au privé. Il a une conception assez technocratique de la productivité, il laisse les agents travailler un peu isolés, dans une relation difficile de face-à-face, et il ne sait pas promouvoir le travail en équipe. Tant que cela sera le cas, il lui sera difficile de mieux fonctionner. J'ai démissionné pour cette raison et parce que l'institution ne faisait pas, à mon avis, la place qu'il mérite au travail du médiateur.

Autrement dit, elle n'accordait pas assez d'importance à ce qui, par son intermédiaire, remontait du terrain, c'est-à-dire des chômeurs. Dans mon rapport, j'avais fait six propositions pour améliorer les choses, dont deux concernent directement la direction de Pôle emploi : l'une portait sur l'encadrement des conditions dans lesquelles on interrompt le versement de l'allocation-chômage, l'autre portait sur la qualité des courriers de Pôle emploi. Ni l'une ni l'autre n'ont reçu un début de réponse.

Propos recueillis par Claire Guélaud
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:45
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:42

Pôle emploi : le ras-le-bol, même au sommet

Auteur d’un rapport, mesuré, sur les dysfonctionnements liés à la fusion ANPE-Unedic, Benoît Genuini démissionne, avec fracas, de sa fonction de médiateur de Pôle emploi. Un geste symbolique d’un malaise profond, partagé d’un côté comme de l’autre des guichets de l’assurance-chômage.

C’est la pagaille à Pôle emploi, mais chut! Dans le contexte de chômage galopant, la fusion à marche forcée entre l’ANPE et les Assedics montre chaque jour ses limites  : condamnés sous peine de sanctions à prendre des emplois en voie de raréfaction ou, tout simplement, de précarisation, les chômeurs, contrôlés, ponctionnés en cas de «trop-perçu» ou radiés parfois mécaniquement, subissent de plein fouet les effets des «dysfonctionnements» liés à la création de Pôle emploi et de l’allongement des délais pour établir leurs dossiers; et, au sein des agences fusionnées, les personnels, placés en concurrence avec les opérateurs privés de placement, sont, eux, incités à faire toujours plus de chiffre, quand le président de la République et le gouvernement avaient claironné leurs promesses fallacieuses de réduire le nombre de demandeurs d’emploi suivis par agent. De part et d’autre des guichets, livres-témoignages, grèves ou tentatives de suicide en témoignent, le malaise est patent face à cette «machine à broyer».

Témoin, ce qui vient d’arriver à Benoît Genuini, médiateur et membre de la direction de l’organisme fusionné: après avoir publié il y a un mois son rapport 2009, ce très proche de Martin Hirsch, ex-haut commissaire aux Solidarités actives dans le gouvernement Fillon, a claqué la porte hier de Pôle emploi. Et en recourant aux services d’une boîte de communication qui a largement diffusé l’information, il a choisi de le faire savoir largement… avant de se mettre aux abonnés absents! «Je n’ai ni les moyens ni le soutien nécessaires pour continuer à faire mon travail, a-il expliqué au Figaro. La direction générale n’a pas vu l’intérêt de mon rapport parce qu’elle accepte mal toute forme de critique.» Dans ce document qui, très éloigné du brûlot syndical, se contente de relater une soixantaine d’histoires réelles de chômeurs et de préconiser «beaucoup plus de bon sens et d’humanité», l’ex-médiateur de Pôle emploi tentait notamment d’alerter sur «l’impact des radiations sur ceux qui en font l’objet » ou encore sur certains «excès» liés aux activités de recouvrement d’allocations «indues».

impossible indépendance

Pour Laurent Guilloteau, membre de la coordination des intermittents et des précaires d’Île-de-France qui, ces derniers mois, a mené plusieurs actions collectives sur le terrain pour faire annuler des procédures de radiation ou de récupération de trop-perçu (lire aussi notre témoignage), «l’assurance-chômage est aujourd’hui une zone de non-droit et le phénomène est si massif qu’on ne voit pas bien ce qu’un médiateur pourrait y changer quand, pour un même chômeur, le système peut aller jusqu’à établir des notifications contradictoires, verser une allocation, puis la retirer sans jamais nous avertir et saisir tout, y compris la quotité insaisissable.»

Tant à la direction de Pôle emploi que dans les syndicats, cette démission spectaculaire a pris tout le monde de court. Pour le SNU Pôle emploi, Philippe Sabater considère que «le médiateur a été poussé dehors  : il n’y avait aucune indépendance possible parce qu’il était sous la tutelle directe de la direction». Délégué syndical central CGT, Stéphane Guillou ne se montre guère étonné par ce départ  : «Il suffit que le médiateur ait un tout petit peu de conscience personnelle pour choisir la démission. Au fond, le médiateur comptait parmi les 80 % de salariés qui, selon l’enquête sur les risques psychosociaux à Pôle emploi, considèrent que, dans leur travail, on leur demande de faire des choses auxquelles ils n’adhèrent pas.»

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Présentation

  • : Le Collectif Les Matermittentes (LCLM) matermittentes@gmail.com
  • Le Collectif Les Matermittentes (LCLM) matermittentes@gmail.com
  • : Le collectif regroupe des femmes à emploi discontinu qui luttent pour faire valoir leurs droits en matière de congés maternité et d'arrêts maladie. Nous luttons pour une juste application des lois et règlements par la Sécurité Sociale et Pôle emploi afin que la maternité et la maladie ne soient pas synonymes d'une rupture de protection sociale.
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