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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:39

Pour rester intermittente du spectacle, ne faites pas d'enfant

Par Sophie Grant | Intermittente | 11/03/2010 | 18H18

Un panneau indique un coin nursery (Franckie Roberto/Flickr)

Karel naît en août dernier dans une maternité parisienne. Si nous sommes heureux de sa naissance, le moment est terni par une fâcheuse nouvelle : cinq jours plutôt, j'apprends que mon congé maternité ne sera pas indemnisé par la CPAM en raison d'un nombre insuffisant d'heures travaillées.

Petit retour sur ma situation professionnelle. Je travaille depuis plusieurs années sur des films documentaires comme monteuse ou réalisatrice. Je bénéficie du régime de l'intermittence, lequel demande d'effectuer 507 heures de travail sur 10 mois ou 10 mois et demi. Mes revenus confondus (salaires/Pôle emploi) oscillent entre 1 500 et 1 800 euros par mois, selon les années.

Karel a deux jours. Il est calme, pas moi. Depuis la maternité, je prends rendez-vous avec une assistante sociale dans l'espoir de trouver une solution. Je ne touche aucune indemnité de Pôle emploi qui m'a radiée, comme c'est la règle, lorsque débute un congé maternité. Et, bien entendu, je ne travaille pas. Le salaire de mon compagnon, fonctionnaire de l'Education nationale (1 296,25 euros mensuels), ne suffit pas quand notre loyer mensuel s'élève à 1 064 euros.

« Entre deux tétées, je potasse le code de la Sécu »

Karel a cinq jours, nous rentrons à la maison. Il crie un peu, mange déjà beaucoup et me laisse peu de temps. J'en ai pourtant besoin pour reprendre mon dossier à zéro.

Je calcule comme une acharnée l'ensemble de mes heures travaillées entre 2008 et 2009 et effectivement, je n'ai pas suffisamment d'heures sur les périodes étudiées par la CPAM.

Le code de la Sécurité sociale devient mon livre de chevet entre deux tétées. J'y trouve d'autres articles sur lesquels personne n'a cru bon de s'appuyer pour m'ouvrir des droits…

Karel a deux semaines. Nous allons, avec ma fille aînée, voir l'assistante sociale. Elle ne peut rien faire, excepté nous fournir un colis de couches.

Le lendemain, je vais à la CAF. « Congé maternité non indemnisé ? Ça existe ? Ça ne rentre pas dans nos cases, mais on ne va pas vous laisser comme ça. On va vous déclarer “ sans activité ” pour que vous puissiez bénéficier d'une allocation réservée aux mères qui travaillent à mi-temps. »

Ah bon ? Mais je suis en congé maternité ! « C'est vrai, mais on n'a pas d'autres solutions. Et puis, on va vous donner l'allocation logement et l'allocation familiale. Total : 973 euros. »

Merci, c'est vraiment super.

Forte d'avoir obtenu de quoi survivre, je continue de potasser le code de la Sécurité sociale pendant que Karel commence à sourire. J'engage un recours amiable le 20 septembre 2009.

Karel a deux mois quand un courrier de la Sécurité sociale me demande de lui adresser un document supplémentaire, pour réexaminer mon dossier. Je le fais sans tarder. Depuis, silence radio, pas la moindre réponse.

« Divergence de situations »

Un mois plus tard. Karel fait ses nuits quand un courrier de la CAF me demande le remboursement des 1 561, 22 euros qu'elle a nous versés jusque-là, suite à un contrôle de Pôle emploi qui « a constaté une divergence de situations » dans mon dossier CAF. C'est vrai que pour Pôle emploi, je suis en « congé maternité » et non « sans activité ». La CAF cessera, en outre, tout versement.

Après des heures passées au guichet de la CAF, celle-ci suspend la dette sans pour autant l'annuler.

Mon fils a eu sept mois mardi. Et je suis en train de perdre le bénéfice du régime de l'intermittence -si difficile à obtenir- car mon congé, n'ayant pas été indemnisé, ne compte pas dans le réexamen de mes droits pour le Pôle emploi. Ainsi va la double peine pour les mères intermittentes… Elles perdent tout revenu dès qu'elles se trouvent en congé maternité et, par la suite, elles perdent le droit à l'indemnisation chômage au titre de l'intermittence.

Loin d'être isolé, mon cas s'accompagne d'autres cas similaires dont le décompte est difficile à réaliser en raison de l'éclatement des salariées du secteur. Une chose est certaine : si aujourd'hui, nous ne sommes pas à la rue, c'est uniquement grâce à la solidarité familiale.

► A la demande de cette riveraine, qui souhaite conserver son anonymat, son nom est un pseudo.

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Publié par matermittentes.over-blog.com - dans ARTICLES PARUS DANS LA PRESSE
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