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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 09:30

Mères intermittentes du spectacle : des mamans comme les autres

Par Mila Muriel Rivault

 

Regroupées au sein du collectif Les Matermittentes, elles se battent pour obtenir les droits sociaux dont elles sont privées.

Hospitalisée pendant un mois alors qu’elle était enceinte de six mois et demi, Solène *, intermittente du spectacle, a cessé de toucher des allocations chômage, se retrouvant de fait en arrêt maladie. Mais voilà, deux mois après la naissance prématurée de son fils, la sécurité sociale l’a informée qu’elle ne toucherait d’indemnités ni pour son arrêt maladie, ni pour son congé maternité. La raison ? La jeune femme aurait travaillé deux jours de trop au regard de la sécurité sociale. Privée de revenus pendant cinq mois, Solène se serait retrouvée à la rue sans l’appui de sa famille. « Une violence sociale assez incroyable ! » se plaint aujourd’hui la jeune femme qui témoigne.

Un classique chez les intermittentes du spectacle

Solène n’est pas la seule à subir les fâcheuses conséquences d’une administration à plusieurs vitesses. « Comme je savais que la loi était très stricte avec les intermittentes, explique Virginie *, j’ai multiplié les heures de travail avant la naissance de mon enfant ». Mais au bout du compte, la sécurité sociale refuse de la payer pendant son congé grossesse. Au guichet de la CNAM, elle s’entend dire : « Désolée vous ne serez pas payée, mais vous avez bien un mari ! » Ce jour-là, Virginie se sent vraiment une citoyenne de deuxième zone : « J’ai vécu ce que j’appelle une double peine. Non seulement, en devenant mère, je n’ai reçu aucune allocation de congé maternité. Mais en plus, j’ai perdu mon intermittence du spectacle, car je n’avais plus assez cotisé après mon congé maternité ! »

Les couacs d’une administration injuste et mal gérée

Pire qu’une administration injuste, il y a aussi celle qui est mal gérée. Et ici, Pôle Emploi semble remporter la palme d’or ces derniers temps. Charlotte, comédienne, s’est retrouvée elle aussi en 2009 dans une situation difficile. A la suite de son congé maternité, Pôle Emploi lui coupe les vivres du jour au lendemain sans la prévenir, sous prétexte d’un trop perçu dû à un bug informatique. Résultat, la jeune mère, qui doit continuer à payer son loyer et sa nounou, se retrouve non seulement sans revenu, mais en plus endettée auprès de l’administration.

Elles seraient 700 mères intermittentes en France à devoir entre 200 et 7 000 euros à Pôle Emploi suite à leur congé maternité.

A terme, cette erreur informatique risque de leur coûter également un redressement des impôts, ainsi qu’un trop perçu à rembourser des allocations familiales calculées toujours un an en décalage des revenus reçus dans l’année.

Regroupées au sein des Matermittentes

Voilà pourquoi, Solène*, Charlotte*, Sophie* et bien d’autres encore, se sont regroupées, il y a quelques semaines au sein du collectif  Les Matermittentes. L’objectif de ces mères de famille intermittentes du spectacle et militantes ? Dénoncer, l’injustice faite aux femmes de leur statut : celle de travailler, mais, de ne pas avoir le droit à être indemnisée comme toutes les autres mères salariées durant leur congé maternité, mais également durant les arrêts maladie.

Elles saisissent la Halde

Pour obtenir une remise de leur dette, certaines de ces femmes ont occupé à plusieurs reprises des antennes de Pôle emploi. Les réponses qu’elles obtiennent de l’administration se font au cas par cas. « Une chose est sûre, explique Marlène*, à qui Pôle emploi a réclamé la somme de 6 000 euros, c’est que nous devons rembourser. Par contre, l’administration n’a pas le droit de nous retirer tous nos revenus d’un coup. Certaines filles se sont retrouvées vraiment à cause de cela dans des situations dramatiques ». Mais grâce aux Matermittentes, Sophie *, Solène *, Virginie * et bien d’autres n’ont pas dit leur dernier mot. Les Matermittentes, avec l’aide de la Coordination des intermittents et des précaires d’Ile de France, a entamé une démarche pour saisir la Halde le 9 juin prochain. Affaire à suivre.

* les prénoms ont été changés

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commentaires

LN 06/06/2010 22:48


Bonjour,
En tant que maman et en tant que femme précarisée par son ancien statut (étudiante) et sa maternité, je tenais à vous témoigner tout mon soutien.
Je me permets d'attirer votre attention sur l'autre foule invisible des mères précarisées, celle des mamans étudiantes, sans congé, perdant leur bourse, devant parfois (comme cela a été mon cas)
arrêter leurs études pour s'occuper de leurs enfants. Qui se retrouvent sans diplôme, sans métier, avec les seules alloc' en guise de "reconnaissance sociale". Dépendantes de leurs hommes, quand
elles sont encore avec, et n'ayant bien souvent comme horizon que celui d'embrasser un boulot ultra précaire non choisi pour pouvoir faire bouillir la marmite.
Ensemble et à vos côtés à 200,
LN.


matermittente 06/06/2010 23:26



C'est justement toutes ces "mères invisibles" dont nous souhaitons parler. Nous sommes intermittentes mais conscientes que le problème est bien plus large et qu'il faudrait arriver à créer un
débat sur la discontinuité du travail et la maternité. Dans des coprs de métiers très différents avec des status diffénrents. Merci de ton soutien. Si tu peux être présente parmi nous le 9 nous
serions heureuses de te rencontrer. Et si ce n'est pas possible ce jour là, le dialogue est toujours possible!


Cordialement



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  • : Le Collectif Les Matermittentes (LCLM) matermittentes@gmail.com
  • Le Collectif Les Matermittentes (LCLM) matermittentes@gmail.com
  • : Le collectif regroupe des femmes à emploi discontinu qui luttent pour faire valoir leurs droits en matière de congés maternité et d'arrêts maladie. Nous luttons pour une juste application des lois et règlements par la Sécurité Sociale et Pôle emploi afin que la maternité et la maladie ne soient pas synonymes d'une rupture de protection sociale.
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