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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 11:01

Carla B. ne materne pas les intermittentes

Cela fait plus de trois ans qu’elles mènent la lutte. Les Matermittentes: comédiennes, chanteuses, techniciennes du spectacle ou réalisatrices, se battent comme elles peuvent pour que les intermittentes du spectacle aient droit à un congé maternité digne de ce nom. Sous couvert de flou administratif, la Sécurité sociale leur refuse en effet ce droit dans de très nombreux cas – qu’aucune instance officielle ne prend d’ailleurs la peine de chiffrer.

Elles ont tout tenté : récolter 3000 signatures en bas d’une pétition, manifester devant l’Assemblée Nationale avec des ballons de baudruche sur le ventre, rencontrer des parlementaires pour qu’ils interpellent le gouvernement, déposer des dizaines de dossiers à la HALDE, passer des heures à défendre leur cas au ministère du Travail… Mais rien n’y fait. A l’Assemblée Nationale, lorsqu’un député socialiste a interpellé le gouvernement sur la question fin 2010, les ministres se sont habilement renvoyé la balle. A l’époque ministre de la Santé, Roselyne Bachelot assurait que ce dossier relevait du Ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale. Depuis lors, elle a justement été placée à la tête de ce ministère, et rien n’a changé.

« On a l’impression de se faire enfumer. Lors de nos rendez-vous qui durent des heures aux ministères ou à la Sécurité sociale, on nous oppose des points de droit de plus en plus opaques... Et s’ils le sont pour nous qui travaillons sur ces dossiers depuis des années, on se demande comment un usager lambda peut s’en sortir », résume une militante.

Ultime recours officiel : la HALDE n’existe plus, mais sa mission est désormais prise en charge par le Défenseur des droits, qui vient de publier un verdict entièrement favorable aux Matermittentes. A la Caisse nationale d’assurance maladie et au Ministère du Travail, cette instance recommande « d’engager une réflexion » permettant une meilleure prise en compte des spécificités des activités des intermittentes du spectacle afin d’assurer l’indemnisation de leurs congés maternité.

« Pour nous c’est une victoire parce que ça rend officiellement visibles nos problèmes aux yeux de la Direction de la sécurité sociale et du Ministère du travail. Mais la « réflexion » est déjà engagée depuis plus de deux ans, et on commence à désespérer ».

A la Caisse nationale d’assurance maladie, où les Matermittentes sont allées déposer officiellement ces recommandations la semaine dernière, on assure attendre une nouvelle circulaire du Ministère du travail pour faire évoluer les choses. « Le problème, c’est que le Ministère nous promet cette circulaire depuis déjà un an », se désole une jeune artiste, qui s’est vue refuser son congé maternité parce qu’elle n’avait travaillé que 730 heures au cours des douze mois précédant sa grossesse, au lieu des 800 heures requises. Faute de remplir cette condition, elle aurait pu accéder au droit des femmes enceintes en justifiant 200 heures de travail dans les trois mois précédent sa grossesse, mais manque de chance, c’est juste après cette date fatidique qu’elle a fait le nombre d’heures attendues. Trop tard, donc…

Conscientes que les batailles administratives ne sont pas toujours les plus concluantes, les Matermittentes ont voulu parier l’an dernier sur la solidarité d’une consoeur (chanteuse) haut placée qui était alors enceinte : Carla Bruni. Le collectif lui a adressé ces mots.

« Imaginez que votre métier de chanteuse vous permette tout juste de subvenir à vos besoins, que vous fassiez vos courses, que vous payiez un loyer, des factures de téléphone, d'eau, de gaz, d'électricité, (…) bref, imaginez que vous meniez la vie que mène la grande majorité des gens. Imaginez que, tombée enceinte, vous continuiez à exercer votre métier le plus longtemps possible… et qu’un autre jour vous preniez un congé maternité indispensable et obligatoire (…). Imaginez le jour où, sur le point d’accoucher, vous appreniez par courrier que la Sécurité sociale refuse d’indemniser votre congé maternité (…) Imaginez votre réaction quand, du jour au lendemain, et simplement du fait de votre grossesse, vous n’avez plus aucun revenu (…) alors que vous exercez votre métier depuis de nombreuses années. Alors (…) ce ne sont plus « les joies de la maternité » mais le début de la précarité. Sur quelles ressources allezvous vivre pendant ces semaines d’arrêt ? A qui allezvous emprunter ? Comment payer votre loyer, la crèche, ou la nounou à venir ? »

A ce jour, cette lettre demeure sans réponse.

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  • : Le Collectif Les Matermittentes (LCLM)
  • Le Collectif Les Matermittentes (LCLM)
  • : Le collectif regroupe des femmes à emploi discontinu qui luttent pour faire valoir leurs droits en matière de congés maternité et d'arrêts maladie. Nous luttons pour une juste application des lois et règlements par la Sécurité Sociale et Pôle emploi afin que la maternité et la maladie ne soient pas synonymes d'une rupture de protection sociale.
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