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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 20:01

 

Par Pierre Penin, Bayonne

Des fleurs pour des droits

La réalisatrice Maiana Bidegain a manifesté en douceur, lors du FIPA, pour défendre la cause des intermittentes du spectacle, fragiles devant le congé maternité.

Avec des fleurs, Maiana Bidegain a plaidé la cause des mères intermittentes au FIPA.

Dans les salons du FIPA (1), Maiana Bidegain vous aborde avec une petite fleur jaune. Elle vous l'accroche à la boutonnière et engage la conversation. Tout poétique et sympathique que soit le geste, il n'en demeure pas moins un acte d'alerte, sinon de protestation. La réalisatrice bayonnaise, reconnue pour son travail de documentariste (on se souvient notamment de « Secretos de lucha »), défend ici la cause des intermittentes du spectacle qui expérimentent la grande marginalité pour l'administration de leur statut au moment de solliciter un congé maternité.

Avec son petit bouquet pour médiateur, elle explique à ses interlocuteurs du monde audiovisuel : « Je viens vers vous pour informer des difficultés pour les mères intermittentes du spectacle à faire valoir leurs droits au congé maternité. » Donc, aux indemnités relatives.

Double écueil

Le problème est donc double, soulevé depuis plusieurs années déjà par le collectif national des Matermittentes (www.matermittentes.com). D'abord, la simple obtention d'un congé maternité ne va pas d'elle-même. « Il faut avoir travaillé 200 heures lors des trois derniers mois ou bien 800 sur les douze derniers. » Rien de moins évident pour qui connaît le caractère aléatoire de l'intermittence du spectacle. « Quand on sait que beaucoup de professionnels ont du mal à faire les 507 heures minimales en dix mois, nécessaires à l'ouverture de leurs droits (lire par ailleurs)... »

En plein travail de montage avant la naissance de Yoann, son fil aujourd'hui âgé de deux ans, Maiana Bidegain a obtenu son congé maternité. Mais celui-ci acquis, se pose alors la question de son indemnisation. La loi est floue, qui, pour faire simple, permet aux Caisses primaires d'assurance-maladie de prendre pour base de calcul les 12, ou bien les 3 derniers mois de travail. Dans le cas de Maiana, la CPAM de Bayonne a considéré l'année écoulée. À son désavantage, estime la jeune mère : elle a engagé un recours contre l'organisme devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS). Celui-ci doit examiner la requête aujourd'hui.

Un calcul sur 365 jours

Le problème central soulevé par les Matermittentes comme Maiana Bidegain, c'est l'opération mathématique aveugle qui consiste à diviser les revenus des intermittentes par les 365 jours de l'année, pour définir l'indemnité journalière de la mère en congé. « Le principe de base, c'est que l'indemnité doit être conforme au salaire moyen net journalier. Ce n'est pas le cas si l'on calcule une moyenne

sur la base de 365 jours. »

Elle revendique une moyenne calculée sur la base des seuls jours effectivement travaillés. Cela prendrait en compte la précarité de l'intermittence, l'irrégularité du travail. « C'est d'ailleurs vrai pour tous les travailleurs aux revenus discontinus, comme les saisonniers. » Voilà pourquoi la réalisatrice plaide pour une indemnisation plancher : « J'aimerais que la loi fixe un minimum qui serait le SMIC pour les mères en congé maternité. »

Concrètement, Maiana Bidegain a perçu 24 euros par jour pour un montant mensuel de 700 euros environ. « Ca fait moins de la moitié de mon revenu l'année dernière. » Et de pointer l'absence totale d'harmonisation entre les CPAM: « Certaines, comme à Paris, s'efforcent généralement d'adopter le mode de calcul le plus avantageux pour l'intermittente. Si j'avais été à Paris, j'aurais a priori perçu le triple. »

Choix entravé

Effet collatéral : quand la professionnelle a rouvert ses droits d'intermittente, au sortir de son congé maternité, ses revenus ont sensiblement baissé. Car les maigres mois du congé sont entrés dans l'évaluation de son indemnité. Au final : moins 400 euros par mois environ.

Un second enfant ? « Je me pose franchement la question. Si cela signifie presque deux ans de précarité... ». Le cœur de la question se situe finalement ici : remettre en cause le projet familial pour une question d'argent. « C'est une réalité », insiste Maiana Bidegain. Nous avons joint la CPAM de Bayonne qui n'a pas souhaité commenter la procédure.

(1) Festival international des programmes audiovisuels. Il se tient à Biarritz jusqu'à dimanche et réunit des professionnels de l'audiovisuel venus du monde entier.

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  • : Le Collectif Les Matermittentes (LCLM) matermittentes@gmail.com
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  • : Le collectif regroupe des femmes à emploi discontinu qui luttent pour faire valoir leurs droits en matière de congés maternité et d'arrêts maladie. Nous luttons pour une juste application des lois et règlements par la Sécurité Sociale et Pôle emploi afin que la maternité et la maladie ne soient pas synonymes d'une rupture de protection sociale.
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